Randonnée mystique à la sainte Baume

Le 23/09/2012

Bernard nous a concocté l'excellent compte-rendu que voici. Nous l'en remercions très vivement...

Pèlerinage botanique et géologique à la Sainte Baume

Ce dimanche 23 septembre 2° jour de l’automne, le temps s’annonce brumeux mais sans risque de pluie si bien que tous les cadiens intéressés par une balade forestière et  éventuellement spirituelle sont au rendez-vous au nombre d’une vingtaine.

Nous pénétrons la forêt  (!) par le carrefour des trois chênes, chênes pubescents dont un seul reste magnifique et nous nous engageons sur le chemin des Roys (le cade ne se refuse rien).

Nous nous trouvons alors en présence de plusieurs espèces d’érables dont le feuillage va bientôt colorer de nuances de rouges les sous-bois :

Erable de Montpellier (Acer monspessulanum) aux feuilles simples à trois lobes ;

Erable champêtre (Acer campestre) aux feuilles plus compliquées ;

Erable à feuilles d’obier (Acer opalus) ;

Erable plane (Acer platanoides) dont les feuilles ressemblent à celles du platane.

Il faut souligner que l’hybridation est fréquente entre ces espèces.

Nous rencontrons aussi le cornouiller (Cornus mas) dont le fruit ou cornouille peut être préparée en confiture.

Enfin commencent à apparaître des ifs (Taxus baccata) de taille respectable constituant une part importante de la forêt de la Sainte Baume. Toutes les parties de la plante contiennent de la taxine sauf la chair de l’arille, cupule rouge entourant les graines sur les arbres femelles. Le manteau de la graine avalée intacte résiste aux sucs digestifs de l’estomac et de l’intestin et la graine est éliminée sans libérer de taxine. La taxine est une substance cardiotoxique qui agit sur le cœur et le centre respiratoire de l’homme et de l’animal. Elle a, dans un premier temps, une action stimulante et ensuite paralysante.

Le houx (Ilex aquifolium) est également très abondant et atteint des tailles considérables, rappelons que c’est une espèce protégée dans le Var.

La strate herbacée  est également présente bien qu’en cette saison, elle ne soit pas au mieux de sa forme. Nous rencontrons une graminée, la mélique, le sceau de Salomon (Polygonatum multiflorum), le géranium dit « herbe à Robert » et une orobanche, plante parasite car dépourvue de chlorophylle. Les orobanches forment une famille de 150 espèces dont la plupart sont spécifiquement liées à une plante-hôte.

Enfin apparaissent les premiers représentants de l’espèce caractéristique de la forêt de la sainte Baume, le hêtre (Fagus sylvatica). Nous sommes ici dans une forêt exceptionnelle par la présence du hêtre aussi près de la mer. Il s’agit d’une forêt relique, restée en place depuis la dernière glaciation grâce aux conditions climatiques particulière (versant nord) mais aussi à une protection des Rois de France et à un entretien assuré aujourd’hui par l’ONF.

 Thierry, toujours à la recherche de la petite bête, s’est mis en tête de nous faire trouver un Insecte très particulier, sorte de Capricorne au nom charmant : la Rosalie des Alpes vivant dans les troncs d’arbres morts. Comme environ une fois sur deux, aujourd’hui Rosalie reste cachée.

Nous atteignons la célèbre grotte, troisième lieu saint de la chrétienté qui aurait accueilli les dernières années de Marie Madeleine. L’office en cours ne nous permet pas de découvrir la végétation des falaises, de toute façon observable seulement à la jumelle ou grâce à des talents d’alpiniste que ne possède pas encore le cadien moyen.

Nous prenons donc, par un sentier escarpé mais magnifique le chemin des crêtes. Nous observons alors diverses fougères, de nombreux échantillons de Polypodes, des capillaires comme la capillaire noire (Asplenium trichomanes) ou la capillaire des fontaines (Asplenium fontanum).

La forêt cède la place à une végétation arbustive  avec le grand cornouiller, le fusain d’Europe (Euonymus europaeus) aux fruits en forme de « bonnet de prêtre » et le fusain à feuilles larges (Euonymus latifolia). Plus proche du sol, nous observons l’hellebore fétide, l’arabette tourette  (Arabis turrita) aux longues inflorescences pendantes, le daphné faux laurier (Dapne laureola), le lamier tacheté (Lamium maculatum), la mélitte fausse mélisse (Melittis melissophyllum).

Sur les rocher du chemin apparaissent des crottes de chevreuil, noires et luisante appelées aussi « moquette ». Certains cadiens à l'esprit vraiment mal tourné en ces lieux saints en profitent pour évoquer des pratiques douteuses au cours desquelles il serait question de consommer par combustion cette moquette.

Nous atteignons les crêtes où un panorama superbe s'offre à nos yeux. Ici, les conditions son très dures pour la vie (écarts de température, altitude, vent) et la végétation prend une physionomie alpine. Nous observons quelques arbustes, le nerprun des Alpes (Rhamnus alpinum), l'alisier des Alpes (Sorbus aria) et l'Amélanchier.

Sur le sol poussent le laser des Alpes (Laserpitium siler), l'Anthylis, la lavande vraie (Lavandula angustifolia), le colchique d'automne (Colchicum autumnale) et, reconnaissable à sa forme en coussin de belle-mère(donc extrêmement piquant)le genêt de Lobel (Genista lobelii).

Nous franchissons la crête au Pas de la Cabre pour trouver le site idéal à un repas bien cadien, en exposition sud sous un soleil qui commence à doucement  chauffer mais moins que le petit rosé.

La marche reprend sur les steppes du versant sud e la Sainte Baume. Ici, les végétaux sont confrontés à la forte chaleur estivale en plus du vent et ils réagissent par une réduction de taille et la présence de systèmes de rétention de l'eau comme des poils.

Nous rencontrons la santoline au délicieux parfum, les fleurs jaunes de l'ononis ou bugrane ainsi qu'une petite plante vert pâle en raison de son abondante pilosité, la germandrée dorée (Teucrium aureum). La laitue vivace (Lactuca perennis) est une excellente salade sauvage. Le séséli des montagnes (Seseli montanum) et le galeopsis nous enchantent par leurs délicates couleurs. Enfin l'herbe à esquinancie (Asperula cynanchica), très commune sur les sols  calcaires devrait son nom signifiant « étrangle-chien » à une utilisation possible dans le traitement de l'angine.

Mais la vie animale, bien que discrète, n'est pas absente de ces sommets. Nous avions déjà observé des trous dans les troncs morts dus à des pics vert ou épeiche et entendu le chant de l'un d'eux. Nous admirons le vol en formation de quatre grands corbeaux ainsi que celui caractéristique du faucon crécerelle. Celui-ci, profitant des courants ascendants arrive à s'immobiliser tout en battant des ailes, c'est le vol dit du Saint Esprit. Plusieurs spécimens de mantes religieuses sont observés dont un couple en pleine copulation, activité que nous interrompons involontairement mais  ce qui à sans doute sauvé la vie du mâle.

En chemin vers la chapelle du Saint Pilon, nous rencontrons une achillée (Achillea tomentosa) ressemblant étonnamment à l'immortelle et ce qui s'avère être sans doute un Ephedra distachya aux  tiges articulées. Les Ephedra sont des Gymnospermes renferment toutes des alcaloïdes dont le principal est l'éphédrine considéré comme dopant.

Nous faisons enfin halte à la chapelle construite au point culminant de la barre rocheuse de la Sainte Baume. C'est l'occasion de faire un point de géologie sur la formation des chaînons provençaux à la limite entre les ères secondaire et tertiaire. Cette histoire qui a donné naissance aussi à la Sainte Victoire, aux monts, Caume, Faron et Coudon est intimement liée à l'ouverture du bassin nord méditerranéen qui entraîna aussi le décollement de la Corse et de la Sardaigne de la plaque européenne et leur trajet en arc de cercle à leur emplacement actuel.

Il ne reste plus qu'à prendre le chemin de la descente par la magnifique forêt dans la bonne humeur et le plaisir d'avoir vécu une journée de découverte, d'admiration, et d'échanges amicaux.

 


Aucun organisme rencontré lors de cette sortie

Fiche créée le 25/09/2012 à 13:12

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Album photo :


Ononis striata

Pique-nique en haute

Scilla autumnalis

Sur les crêtes 1

Sur les crêtes 2

Une habitante des cr

Ephedra distachya

 

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