Volcans et bord de mer: de St Raphaël au Dramont

Le 11/12/2011

Une belle journée ! C’était vraiment une belle journée ! Nous étions peu nombreux au départ mais fiers et résolus comme savent l’être les cadiennes et les cadiens qui n’ont pas froid aux yeux. Le temps, quant à lui, fut idéal même si le crépuscule posa trop tôt sa chape d’obscurité sur le sentier littoral.

Faute de plantes en fleurs, la géologie - échevelée et fort complexe mais d’une richesse inégalable dans ce secteur – occupa le plus clair* des explications de notre guide et président qui ne ménagea pas ses peines pour détricoter l’écheveau difficile et composite des tenants et des aboutissants de l’histoire magmatique de l’Estérel. Je le dis avec d’autant plus de sérénité que le président c’est moi (Ah ah !).

Tout commence donc dès le point de départ, à l’extrémité du port de Santa Lucia après Saint Raphaël. Nous y voyons un affleurement de grès datés du Permien (environ 290 millions d’années). Il faut imaginer qu’à la fin de l’ère primaire, alors qu’une vaste chaine de montagnes s’est formé au niveau des Maures, des mouvements de distension se font jour dans notre région. Cela a déjà commencé au Carbonifère où de grandes plaines marécageuses sont apparues permettant le dépôt du fameux charbon que l’on trouve non loin de Saint Raphaël, du côté de Malpasset par exemple. Dès le début du Permien, ces mouvements d’écartement selon un axe grosso modo N-S se généralisent et un grand bassin sédimentaire apparaît qui permettra durant tout cette période, le dépôt de grandes épaisseurs de sédiments qui une fois indurés fourniront selon l’endroit, des grès, des arkoses (plus grossières), ou des conglomérats. On en trouve des traces à peu près partout dans le Var et les exemples de roches gréseuses permiennes sont légion dans notre département : le rocher de Roquebrune, la plaine des Maures, les pélites de Palayson ou les grès fins à empreintes végétales d’Agay. Cette distension fait écho à l’écartèlement du méga-continent qui existait jusque là : la Pangée. Un peu partout dans le monde, à cette période, ce gigantesque continent se fissure et des « rifts continentaux » apparaissent. Ces rifts préfigurent les futures dorsales qui mettront en place les futurs océans Atlantique, Indien, ou Pacifique. Dans un rift continental, la croûte continentale s’amincit à l’extrême et le plus souvent, le manteau supérieur sous-jacent perce l’écorce et provoque l’apparition de volcans. Dans le Var, le rift continental va lui aussi s’accompagner d’émissions de matériaux volcaniques, l’Estérel est là pour en témoigner.

Dès le port de Santa Lucia quitté, nous entrons de plein pied dans le domaine des roches magmatiques éruptives. Nous verrons au cours de notre randonnée de nombreuses roches volcaniques différentes, d’origine et de compositions chimiques variables.
La première que nous entrevoyons est une rhyolitoïde, c’est à dire une rhyolite où manque un cristal caractéristique de cette dernière : la sanidine. Cependant, le plus remarquable dans ce premier massif de roches volcaniques est sa mise en place sous forme d’orgues. La roche présente en effet une disposition prismatique en hexagones réguliers formant des colonnes contiguës. Il s’agit là d’une lave qui a plus ou moins coulé (la lave rhyolite est plutôt pâteuse, visqueuse mais peut dans certains cas s’écouler un peu) et qui a refroidi de façon à former ces prismes. L’effet est sensationnel : la première impression produite est celle d’un artisan qui serait venu tailler au marteau et au burin ces sculptures qui sont pourtant les plus naturelles qui soient.

En suivant le sentier des douaniers, nous sommes vite émerveillés par les contrastes saisissants de couleurs entre le rouge des roches, le bleu profond de la mer et le vert délicat des pins qui penchent leurs frondaisons sur les vagues. Tout cela est d’une beauté de peintre. Nous engageons rapidement nos pas sur de la vraie rhyolite. Il existe deux sortes de rhyolite : la rhyolite fluidale, massive, qui provient du refroidissement d’un magma, acide, riche en silice (Au passage, il y aura un petit cours au débotté sur le diagramme de Streickeisen, sorte de classification des roches magmatiques) et la rhyolite qui provient des nombreuses nuées ardentes (pour info : http://fr.wikipedia.org/wiki/Nuée_ardente) qui ont ponctué l’histoire volcanique du massif. Le volume des roches qui sont sorties de la gueule du volcan donne le tournis. Le seul premier épisode d’émission de laves et de nuées ardentes aurait provoqué l’extrusion de plus de 60km3 de matériel magmatiques ! La rhyolite est une roche qui provient d’un magma très acide et qui ne correspond pas à la nature chimique du manteau supérieur. Pour permettre une explication pour la présence d’un tel magma, il faut imaginer que profondément soit le magma qui venait du manteau s’est enrichi en silice en traversant la croûte continentale, soit – et c’est le plus vraisemblable – il s’est différencié dans la chambre magmatique, c’est à dire que en refroidissant doucement, les cristaux qui se formaient et qui sédimentaient au fond retiraient des éléments chimiques au magma qui est devenu ainsi de plus en plus riche en silice et acide.

La rhyolite (dite « amarante ») de l’Estérel contient des cristaux de feldspath potassique (la fameuse sanidine, blanche) de quartz gris souvent creusé d’un « golfe de corrosion », et d’amphibole noire (voir photo). 

De plage en plage, nous arrivons bientôt à celle de l’Arène grosse qui montre un autre faciès géologique. Ce sont des grès plus ou moins fins, dans lesquels nous retrouvons des blocs de rhyolite enchâssés. Cela prouve que entre les éruptions successives, la sédimentation continuait et il va en être ainsi jusqu’à la fin du Permien. Vers le sud, on retrouvera essentiellement des blocs de roches volcaniques dans les grès et les conglomérats, alors que vers l’ouest ou vers Roquebrune, on retrouve essentiellement des blocs de granite du Plan de la Tour ou des gneiss des Maures.

Le repas se fait sur la lave, et pour éviter toute brulure due au magma, nous arrosons le tout de rosé et de rouge. L’ambiance est - vous vous en doutez - chaleureuse et décontractée !

Nous reprenons le chemin en alternant les passages de roches gréseuses et les passages de rhyolite, la dernière traversant la première, la première recouvrant la dernière.

On aperçoit ça et là, dans les terrains gréseux, une succession singulière (voir photo): le passage progressif d’un conglomérat à gros galets roulés, à une arkose avec des éléments enchâssés plus petits, puis à un grès (du sable fin cimenté) puis en dernier des pélites (des argiles plus ou moins fines durcies). Puis ça recommence, conglomérat, arkose, grès, pélites etc. C’est ce que le géologue appelle un cycle sédimentaire. Ces cycles se succèdent à la faveur de mouvements tectoniques successifs (surrection de montagnes –ici massif volcanique- effondrement et affaissement du sous-sol ect. ). Quelques photos montrent des blocs où l’on voit plusieurs cycles sédimentaires successifs.

Une fois passée la plage de Boulouris, nous approchons la plage d’Aigue Bonne que l’on repère de loin grâce à la teinte foncée des roches encaissantes. Arrivés sur place, nous admirons (car la roche est très esthétique) une magnifique dolérite ) cristaux blancs de microcline, verts d’olivine, et noirs d’amphibole. C’est une sorte de basalte (ça en a la composition de toute façon) mais presque entièrement cristallisée et avec des microcristaux à la place du verre non cristallisé habituel. Sa mise en place correspond à une remontée du magma du manteau supérieur sans doute plus rapide que celle de la rhyolite et donc avec une différenciation beaucoup moins marquée. La lave s’est sans doute écoulée localement et on voit même ça et là - chapeautant la coulée de lave – des bombes volcaniques. Il en existe deux catégories principales : la bombe en « croûte de pain » , bombée et fissurée en surface comme la surface d’un pain, et la bombe en « bouse de vache » plus aplatie, comme… bref vous avez pigé. Nous arrivons à voir les deux types autour de nous.

La balade touche à sa fin, nous progressons encore vers l’est pour voir en place la dernière roche volcanique de la journée : la fameuse et célèbre estérellite – dont le vrai nom est moins poétique (microdiorite quartzique à hornblende) – dont la mise en place est un peu différente des précédentes puisque la lave n’a probablement jamais vu le jour et qu’elle s’est installée en se faufilant entre des couches de sédiments et en formant un « laccolite » horizontal. Par ailleurs, l’estérellite se serait mise en place beaucoup beaucoup plus tard que la rhyolite, c’est à dire à l’Oligocène, partie médiane de l’Ére tertiaire, où d’autres mouvements de distension se sont opérées à travers le monde (la plaine de la Limagne et celle du bassin Rhénan en sont de beaux témoignages. L’intérêt du secteur d’Aigue Bonne réside dans la présence d’une ceinture de métamorphisme autour du laccolite d’estérellite. L’estérellite a en effet traversé les grès permiens en se mettant en place et au contact entre les deux, les grès ont été « cuits » et transformés. Dans cette auréole de métamorphisme dit « de contact », on retrouve des cristaux inhabituels (généralement des cornéennes ici non visibles) par exemple le mica noir.
Au final, une splendide journée de promenade, de beaux paysages, de cours de science et d’amitié.


Aucun organisme rencontré lors de cette sortie

Fiche créée le 02/01/2012 à 14:21

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Album photo :


Des polygones de rhy

Les orgues de rhyoli

Explosion quasi volc

Rouge et bleu

Mille feuilles volca

Le passage du Permie

Une enclave noyée da

Au repas sur la lave

Au repas sur la lave

Teintes de rouge

Le repas type PNTC

LA rhyolite et ses c

Un cycle sédimentair

Oh une fleur!!!

Étranges taffoni sur

AU loin Le Dramont

Automne au bord de l

Belle apparition sol

Le CADE et ses crist

Stratification entre

Cycles sédimentaires

Colorations mystérie

Formes étranges et c

Le soir tombe... bie

Il est temps de rent

Bombe volcanique en

Bombe volcanique en

Reflets...

Soleil en agave

Régate 1

Orgues 1

Regate 2

Orgues 2

Possidonies flottant

Arrivée sur St Rapha

Regate 3

Orgues 4

Inclusion

Orgues 4

Regate 4

Orgues 5

Non non on n'est pas

Notre géologue référ

En fait l'arbre a cr

Orgues 6

Sur la trace de nos

Inclusions se désinc

Strates

Dor

Taffoni

Mur en souffrance

Jolis mouvements non

Autres taffoni

Cormoran à la pêche.

Arrivée sur St Rapha

Histoires de volcans

Littoral escarpé

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Cadiens en marche.

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