Nuit aux étoiles au mont Lachens

Le 18/06/2011

Le mont Lachens… Fier et droit sur ses 1715m, il dressait sa large masse polygonale, enchevêtrée de pinèdes et de landes, tel un colosse au repos endormi de mousses et de brindilles. Et par dessus, ce ciel de poivre bleu qui menaçait de nuages et de bourrasques. Le plomb des nuées le disputait au soleil, qui acharné et laiteux, perçait ça et là, la couverture céleste. Assoupi à son pied, La Bastide laissait filer le temps en retenant ses âmes comme la toile d’araignée retient la rosée du matin.

Les quatre acolytes qui m’accompagnaient ce jour-là étaient toutes de charmantes compagnes de marche. Hélène, émérite randonneuse, fraîche et décidée, trépignait, impatiente d’en découdre avec les pentes sinueuses du géant de pierre. Katia, sémillante comme à son habitude, s’émerveillait de tout. Brigitte, joyeuse et pimpante, regardait d’un air dubitatif le gris rugueux et dilacéré du plafond nuageux. Quant à Annette, senior toujours aussi motivée que volontaire, elle arborait le sourire confiant et détendu de celles qui savent qu’elles vont passer un bon moment et que les nuages, si ténébreux soient-ils, ne font qu’effleurer notre quotidien et n’obscurcissent en rien notre vie.

Nous partîmes donc et … de bonne humeur encore. Le sentier, étroit mais bien tracé, déroulait ses pierrailles entre bois de chênes blancs et linéaments de jachères. Dans les prés éclatants de couleurs, les fleurs de sainfoin ondulaient au gré des respirations du vent. À l’orée de la pinède, là où les premiers pins sylvestres aventurent leurs racines dans l’argile calcaire du bas des pentes, le sentier s’éleva brusquement et nos pas, précédemment alertes et vifs, se firent progressivement lourds et nos inspirations devinrent saccadées et difficiles. Mais si l’ascension nous conduisait lentement mais surement vers d’amères transpirations, le paysage s’ouvrait quant à lui progressivement, il nous fut bientôt possible de nous alanguir sur la rudesse teintée d’éternité de ces terres sans limite et sans fard. Tout était authentique et franc dans ces collines empierrées et ses sillons de cultures, comme si l’homme, ici confronté à lui-même et aux contraintes d’un milieu sans espoir, avait quitté toute velléité de prétention et s’était rendu, humble et travailleur, face à une nature sauvage et dominatrice.

Au détour du sentier, nous aperçûmes des ruines d’un autre âge. Perçant la barbe broussailleuse des genêts cendrés, d’antiques murs aux crénelures érodées et fantasmagoriques laissaient le vent raconter, à travers les ébréchures des pavés, de sourdes histoires de soldats cuirassés, de guet sans fin dans la tour sommitale et de rixes violentes dans la salle de corps de garde. Le brouhaha militaire avait cédé sa place au délicat papillonnement des gazés dans les chardons et au silence enroué des landes parfumées. Hélène se décida à en faire l’ascension. Suspendue aux anfractuosités du calcaire surplombant l’abîme rocheux - et au prix de contorsions félines - son corps bascula en une courbe délicate par dessus le surplomb et je la vis s’enfoncer dans les entrailles du vieux château avec la tranquillité assurée d’une martre parvenu au faîte d’un vieil arbre. Les coulisses de l’édifice féodal ne devaient sans doute pas avoir abrité pareil visiteur et ce, depuis longtemps. Ses clichés effectués, elle redescendit de son introspection médiévale avec la même vélocité sensuelle. Nous reprîmes alors notre marche en avant vers un sommet qui s’épaississait de nuages floconneux au rythme de nos pas rebelles.

Notre pause méridienne se fit dans une clairière près d’une piste empierrée dont les caillasses usées de poussières, se laissaient doucement manger par une phalange végétale acharnée et insidieuse. Nous prîmes beaucoup de temps à explorer les beaux trésors naturels que pigmentaient chacun de nos pas. Chardon noirâtre, bouillon blanc, herniaire glabre… chacune des merveilles qui égrenaient notre soif botanique accomplissait dans la rusticité et l’anonymat de leur croissance, la lente réappropriation de la nature sur le travail humain. Une splendide orobanche crénelée, aux corolles bigarrées de violine et de jaune et aux tiges robustes et parsemées de poils glanduleux nous offrit un dernier et ébouriffant ban de spectacle végétal.

Les dernières foulées de l’ascension se firent le long d’une crête rocheuse où l’aridité du sol caillouteux le disputait à la frileuse et humide moiteur d’un ciel désespérément rendu opaque par la poisseuse épaisseur du brouillard d’altitude. On n’y voyait goutte, et si le vent dégageait par bourrasque, qui un arbre au tronc noueux et contrarié, qui une masse fantomatique de calcaire blanc, qui encore un randonneur isolé perdu dans ces immensités herbeuses, le paysage était à présent noyé dans une cotonneuse enveloppe de nuages. Bientôt enfin, les antennes relais surgirent des nuées grisâtres. Le sommet !

Mais qu’allait cependant devenir notre nuit d’observation des astres ? La nébulosité tenace et dense, le froid de montagne qui mordait nos épidermes, le vent humide et visqueux qui s’immisçait dans les replis de nos tuniques, tout cela ne présageait rien de bon. Et pourtant ces mauvaises conditions n’altéraient nullement la bonne humeur et la confiance de mes comparses.

Et le miracle climatique s’accomplit. Le vent de l’ouest, sec et chaud, enfla progressivement et effilochant les tresses de brouillard, dilacéra le gris cendré du ciel et fit apparaître des trouées de bel azur. Bientôt, le soleil écartela la brume et les masses floconneuses disparurent à l’horizon du levant. Un sourire de satisfaction et de félicité glissa sur les lèvres de chacun et rassérénés, nous montâmes les tentes après avoir électivement choisi une belle prairie aux belles couleurs de fleurs printanières, moutonnée de pins et de genévriers. Les corolles d’hélianthème mordoraient la pelouse en contrastant avec les inflorescences fragiles d’astragale du Danemark qui balançaient leur tête violine au gré des bourrasques.

Nous fûmes rejoints en soirée par d’autres ardents cadiens qui montèrent leurs tentes auprès des nôtres. Nicolas et Jessica, aidé du petit Lancelot, ainsi que Jean-Pierre et Gaston eurent tôt de mettre en ordre le complexe agencement de cette architecture de tissus. Après un repas réconfortant et convivial, entrecoupé par la survenue d’un troupeau d’ovins en quête de pacage, et pendant lequel les patous, matons gentils et bonhommes, vinrent frotter leur truffe à nos apprêts, nous allâmes profiter du spectacle grandiose et magnifique d’un soleil à l’agonie sur le ponant. Sous nos yeux affamés de couleurs, le ciel s’enflamma propageant son bouillonnement orangé à l’ensemble du cirque rocheux face à nous. Le grand Brouis, titan de pierre et de forêts semblait s’écraser sous le feu ardent du soleil qui tombait. Soudain, tout devint rouge et les sombres contrastes qui zébraient les vallées et les talwegs s’empourprèrent en exaltant comme un pigment, l’éclat de chaque rocaille, de chaque éboulis, de chaque escarpement rocheux. Bientôt, la pénombre éteignit cet incendie de lumière et contraints par la nuit de rejoindre nos refuges de toile, nous allâmes nous coucher. Provisoirement, car promesse fut tenue de nous retrouver à minuit afin de nous ouvrir à d’autres édifiants spectacles plus célestes ceux-là.

Rapidement installé dans mon sac de couchage, je fermai les yeux et me concentrai sur le bruit forcené et saccadé du vent de crête qui battait par ruades successives sur les parois de mon fragile habitacle et je crus percevoir, entre deux furieuses rafales, le marteau sourd et rythmé d’une musique lointaine et inappréciable qui provenait de la proche vallée. Une fête bruyante et cadencée portait jusque dans ces confins sans âme ses accents de modernité fiévreuse et vulgaire là où la seule musique résidait dans le tumulte irrégulier et harmonique des trombes de vent et venait contrarier l’équilibre délicat de la poésie des météores. Je ruai à mon tour dans mon sac de toile, et maugréant contre le tourbillon de rythmes syncopés, je m’installai avec volonté dans une somnolence désespérée. Je m’endormis bientôt en pensant à Saturne et à la couronne boréale.

J’émergeai un peu  avant minuit d’un demi sommeil en avance sur les autres. Le froid était piquant et le souffle tumultueux du vent, loin de se ralentir, avait pris de la vigueur par contraste thermique avec le refroidissement des plaines et des hauteurs. Caparaçonné de vêtements afin de subir avec plus de douceur la morsure vive de la bise, je sortis de la tente. Le ciel était éclatant d’étoiles et si les masses de collines et de forêts qui encerclaient notre campement formaient une lisière impénétrable et d’un noir d’encre, la voûte éthérée de l’espace était figée d’un violet sombre et opaque. Je repérai rapidement, en dessinant avec mes mains des lignes imaginaires, les compagnes habituelles de mes extatiques observations nocturnes. Bientôt rejoints par mes camarades de contemplation, nous passâmes un bon moment à reconnaître dans ce fatras de perles suspendues, les écheveaux de cet empyrée tendus artificiellement à la manière d’un arpenteur élyséen qui aurait disposé, compas et té à la main, d’ineffables constructions géométriques. La queue de la grande ourse, point de départ de notre introspection du firmament, nous conduisit bientôt à Arcturus, dans la constellation du bouvier. La couronne boréale, toute proche, se laissa découvrir sans peine, suivie de près par Hercule puis la Lyre, éclaboussée de lumière par Véga, son étoile latérale si brillante. Le scorpion et Antarès glissaient au dessus de la ligne de crête cependant que Deneb conduisait en tête la belle constellation du Cygne au dessus de la masse sombre des arbres. Nous repérâmes de même la Vierge et Spica, la petite Ourse et Polaris, immobile poinçon lumineux de ces immensités glacées, ainsi que le W singulier et amical de Cassiopée. J’installai la longue-vue sur son trépied, et l’examen de la Lune et de ses cratères d’impact enthousiasma mes amis. Puis, pivotant vers l’ouest, je réglai l’instrument sur un petit astre pâle situé non loin de la Vierge. Une bande lumineuse plate, courte et penchée ceignait le petit globe brillant. Saturne et ses anneaux ! Un frisson d’admiration accompagna chacune des observations de mes astronomes en herbe et fit l’unanimité dans le groupe. Grisés par l’euphorie de cet éblouissement, et après un dernier regard à l’infini des orbes, nous regagnâmes, conquis et apaisés, nos couchages et la nuit, bien que froide et agitée de vent, nous parut légère et délicieuse.

Flore du plateau sommital
Bugrane du mont Cenis (Ononis cristata)
Céraiste des champs (Cerastium arvense)
Épervière poilue (Hieracium pilosum)
Trèfle alpestre (Trifolium alpestre)
Chardon défleuri (Carduus defloratus)
Vesce de loup géante (Bovista gigantea)
Fétuque ovine (Festuca gr. ovina)
Véronique germandrée (Veronica austricaum subsp. teucrium)
Genevrier nain  (Juniperus nana)
Casse lunettes (Euphrasia sp.)
Vélar (Erysimum sp.)
Koelerie en crête (Koeleria cristata)
Achillée mille feuilles (Achillea millefolium)
Toque des Alpes (Scutellaria alpina)
Serpolet (Thymus serpyllum)
Petite brize (Briza minima)
Plantain moyen (Plantago media)
Astragale déprimée (Astragalus depressus)
Astragale du Danemark (Astragalus danicus)
Alchémille vulgaire (Alchemilla vulgaris)
Hélianthème à  grandes fleurs (Helianthemum grandiflorum)

Rochers
Globulaire naine (Globularia nana)
Silène otites (Silene otites)
Anthyllis des montagnes (Anthyllis montana)
Capillaire rue de muraille (Asplenium ruta muraria)
Campanule à feuilles rondes (Campanula rotundifolia)
Orpin âcre (Sedum acre)
Aethionéma des rochers (Aethionema saxatile)

Forêt de pins sylvestres
Lys turban (Lilium pomponium)
Luzule des bois (Luzula sylvestris)
Turritelle (Arabis turrita)
Astragale faux sainfoin (Astragalus onobrychis)

Piste caillouteuse
Petit calamint (Acinos arvensis)
Herniaire glabre (Herniaria glabra)
Bouillon blanc (Verbascum phlomoides)
Chardon noirâtre (Carduus nigrescens) avec nombreux gazés (Aporia crataegi)
Orobanche réticulée (Orobanche reticulata)
Cerfeuil enivrant (Chaerophyllum temulum)

Bords des champs cultivés :
Miroir de Vénus (Legousia speculum-veneris)
Cerfeuil des bois (Anthriscus sylvestris)
Althée poilue (Althaea hirsuta)
Gant de Notre-Dame (Campanula trachelium)
Pastel (Isatis tinctoria)
Coquelicot (Papaver rhoaes)

Le long du sentier :
Sabline à feuilles de serpollet (Arenaria serpyllifolia)
Linaire rampante (Linaria repens)
Koeleria valesiaca ?
Raiponce orbiculaire (Phyteuma orbicularis.)
Dompte-venin officinal (Vincetoxicum hirundinaria)
Lotier cornicule (Lotus corniculatus)
Cupidone (Catananche caerulea)
Brunelle laciniée (Prunella laciniata)
Petite coronille (Coronilla minima)
Caille-lait blanc (Galium mollugo)
Caille-lait jaune (Galium verum)

Landes à genêts
Genêt cendré (Genista cinerea)
Lavande vraie (Lavandula latifolia)
Lin fausse soude (Linum suffruticosum salsoloides)
Inule des montagnes (Inula Montana)
Germandrée des montagnes (Teucrium montanum)

Forêt de chênes de départ :
Campanule à feuilles de pêcher (Campanula persicifolia)
Cerfeuil doré (Chaerophyllum aureum)
Campanule raiponce (Campanula rapunculus)
Aphylllante de Montpellier (Aphyllantes monspeliensis)


Aucun organisme rencontré lors de cette sortie

Fiche créée le 28/06/2011 à 08:02

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Album photo :


Campanule

cadiens attentifs

Lin blanc et affilan

Campanules

Caille-lait blanc

Au sommet...1

Au sommet...2

Bel oeuf!

Titi et le lys turba

Lys turban

Hélène dans sa tente

Campement

Du sommet 1

Du sommet 2

Pas chaud, hein, Ann

Au soleil couchant

En attendant que le

C'est haut

C'est beau

Vue sur Bargème

Le troupeau

Paysage

Lande à genêts

Cadiens dans la desc

Bêêê!!! Nous avons c

Gardien du troupeau.

Gardien, le même!

Oups garez vos gamel

Camp

Camp 2

Nice view!

ça caille!!!!

Coucher du soleil

Lancelot

Sunlights...

Sunlights 1

Sunlights 2

Sunlights 3

Sunlights 4

Sunlights 5

Pâtre.... By sunligh

Sunlights encore...

Ben voilà il est cou

Etoile filante...

Réveil à minuit!

Téméraires observati

Etoiles

Pic-nic de Dimanche.

Le charme d'Adam c'e

Lancelot 2

Miroir de Vénus. Leg

Orchis pyramidal. An

Sainfoin. Onobrychis

Brunelle lasciniée

Fourmis faisant bron

Château de la Bastid

L'intérieur du châte

Détail de l'intérieu

Détail de la fleur d

Epervière... Oui mai

Chéplu sonom!!!

Visiteurs 1

Visiteurs 2

Visiteurs 3

Visiteurs 4

Orobanche dément!

Lys turban en bouton

Petit fraisier devie

Linaire striée, Lina

Pin sylvestre gracie

Lys turban Lilium P

Chéplu s'kecé

Catananche bleue; Ca

Bryone dioïque. Bryo

Chèvrefeuille. Lonic

Belle bleue....

Magnifique orobanche

Abeilles se désaltér

Non non ce n'est pas

Millepertuis du midi

Bargème

Grande caphalantère

Le pic est passé par

Hé oui!

Ecorce brûlée!

Pin sylvestre... Bon

Observations du Cade

Lys turban. Lilium p

Lilium pomponium Bis

Ah les cerises!!!!

Pisaura mirabilis pr

Circaëte Jean Leblan

 

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