Malpasset: géologie et histoire d'un drame

Le 30/01/2011

Ce magnifique compte-rendu a été rédigé par Bérengère que nous remercions avec chaleur.

Malpasset  dimanche 30 janvier 2011.

 

En petit comité ce dimanche 30 janvier, le Cade, pour sa première sortie annuelle, balançait entre neige et mer. Faute de manteau blanc épais sur l’Audibergue, ce fut Fréjus l’élue du jour :lieu chargé d’histoire romaine glorieuse, mais aussi de mémoire douloureuse, le Reyran, pour un temps, nous offrait les charmes hivernaux de ses abords frileux.

Au programme : promenade géologique. Vestiges, prestiges, vertiges !

Vestiges : les restes sinistres du barrage de Malpasset.

Prestiges : les ruines admirables de constructions romaines.

Vertiges : idées que l’Homme dans ses fragiles pensées peut s’imaginer toujours dompter la souveraine Terre.

La géologie, c’est complexe pour des non initiés. Laissons-en le commentaire aisé à notre affable président.

Partis donc du parking d’autoroute sortie 38 Fréjus le Capitou, 2 voitures bondées de cadiens en goguette s’engagent sur la N7 rejoignant plus loin la D37, direction le cimetière de la Colle de Grune. Le premier arrêt est là ! Rapidement conviés à ausculter la masse rocheuse qui domine, nous remontons les époques (permien, stéphanien, carbonifère…), l’histoire des pierres est longue et tourmentée. Puis, petit regard en l’air porté sur un busard st Martin, rapace de grande envergure(100/120) reconnaissable au bout des ailes noir.

Quand l’Esterel était volcan, les périodes de violentes irruptions succédaient aux périodes plus clémentes, caractérisées ici par les restes de coulées de lave que nous observons.

D’empruntes en strates et couches superposées, la terre nous dévoile sa généalogie minérale : basalte, pyroxène, plagioclase, chlorite, calcite, quartz, rhyolite…autant de noms énigmatiques pour le néophyte. L’histoire de la terre, de pierres en pierres, nous conte notre histoire.

Avant de regagner les véhicules, arrêt photo sur un bouquet de cannes de Pline,… {apportée à Fréjus par les romains ; Pline l’ancien : naturaliste et écrivain latin } (Var matin 10 avril 2009 Elle ressemble à un petit roseau qui pourrait passer totalement inaperçu. Pourtant, depuis plus de deux ans, elle fait l'objet de toutes les attentions. La canne de Pline - que l'on pourrait confondre facilement avec la canne de Provence - est répertoriée parmi les 487 espèces protégées. Mardi matin, une opération de transplantation de cette canne  depuis La Gabelle vers le bassin d'orage du Castellas a débuté afin de préserver cette espèce menacée de disparition. Il faut dire que cette petite plante endémique à Fréjus…).

…puis sur d’étranges plantes rases, molles, brunes et visqueuses, au bord de l’eau qui stagne. Nous les aurions sans doute écrasées sans vergogne s’il n’avait été précisé que ces cyanobactéries-nostoc- sont des microorganismes.(wikipédia= Nostoc est un genre de cyanobactéries de la famille des Nostocaceae. Ce sont des organismes procaryotes réalisant la photosynthèse et fixant l’azote, qui ressemblent aux algues, mais peuvent vivre sur des substrats terrestres en colonies importantes, et alors former des masses gélatineuses évoquant certaines algues, notamment lorsque leurs structures se gonflent d'eau après la pluie ou en période humide. Leur discrétion lorsqu'elles sont déshydratées et la rapidité de leur turgescence lorsqu'elles sont exposées à l'humidité a fait croire qu'elles tombaient du ciel, d'où leur nom de crachat de lune…)

C’est reparti ! direction les Arches de Sénéquier, dites aussi Escoffier. Ces ruines imposantes ne sont qu’un tronçon d’une construction longue de 40 km, amenant l’eau depuis Mons jusqu’ à Fréjus ; il traverse 6 communes. L’origine inconnue du nom Sénéquier demande explication, mais ne philosophons pas davantage sur cet obscur patronyme, et admirons l’œuvre romaine. Ici, l’arche est doublée pour renforcer l’édifice fragilisé ;.voir article web : traianus.rediris : aqueduc romain de Mons à Fréjus : Arches Escoffier ou Sénéquier. Aqueduc double réalisé par les romains par suite de l'effondrement d'un premier ouvrage. Au premier plan l'aqueduc de dérivation renforcé (voir photo)

les eaux à teneur de calcicité, qu'elles soient stagnantes ou en faible mouvement, suivant leur teneur en composés calciques dissous, laissent une sédimentation approximative de 2 à 3 cm par siècle.)

On admire le travail de ces fameux bâtisseurs, on s’étonne de la longévité de ces ouvrages.

Nous reprenons le volant via le site de Malpasset pour un troisième arrêt avant de passer le Reyran. Dans ce lieu d’anciens marécages- qui au travers de millions d’années ont vu les végétations luxuriantes se transformer en matière organique riche- apparaît le charbon. Par un mouvement de subsidence, cycle incessant du à la tectonique des plaques, se produit successivement l’immersion et retrait des eaux sur le sol d’argile et de sable, produisant avec la matière organique le charbon visible encore sur le lieu que nous traversons. C’est ainsi qu’autrefois des mines exploitées de ce précieux combustible, énergie fossile, étaient en activité, jusqu’à leur abandon après la tragédie de Malpasset.

On apprend donc que l’évolution métamorphique des roches contribue aux effets variés des pierres : anthracite, schiste, charbon ; minette de première ou seconde  catégorie (qui donnèrent leur noms à des lieux).

Puis nous atteignons un promontoire rocheux surplombant le début de la vallée et découvrons avec stupeur un fossile géant : un tronc de calamite, sorte de prêle géante dont un superbe morceau se détache en saillie de la roche sableuse. Au pied de ce phénomène, d’autres traces d’arbres subsistent, plus discrètes : des sigillaires, témoins du carbonifère.  Thierry déploie ensuite la carte géologique du Var pour nous montrer de quoi est fait notre sous-sol.

Retour aux voitures. Traversée du gué les pneus dans l’eau et arrêt final après le passage sous le pont de l’autoroute. Ici commence le circuit qui mène au barrage. Cette fois nous endossons les sacs. A quelques pas de là, Thierry nous expose les mystères des cailloux plus ou moins brillants qui jonchent le sol (gneiss, quartz, mica, feldspath,…), tandis qu’en contre-bas d’énormes blocs massifs à l’origine plus terne, s’éparpillent dans le Reyran : ce sont les envolées mortelles d’éclats de béton projetés lors de la catastrophe du 2 décembre 1959, quand le barrage a cédé, déversant des millions de tonnes d’eau. On est terrifié par l’improbable course de ces monstres dévalant la vallée, broyant tout sur leur passage.

Parvenus plus haut sur le chemin, nous surplombons la rivière qui dessine un net lacet ; le pic-nique s’improvise ici, à proximité d’une jolie veine de mica. Marie Françoise trouve une lithophyse ( Lithophyse de l'Esterel,geode de silice que l'on trouve dans les coulées de Rhyolite permienne de l'Esterel,à l'intérieur de la calcédoine(Silice micro-cristaline diversement colorée par des oxydes ; 250 millions d'années ,la zone de fouille est maintenant rigoureusement interdite ; web  forums-naturalistes. forums.actifs.com).

Le repas se partage comme à l’habitude en douceurs : vins chauds à la cannelle, sucreries en tout genre et bonne humeur assurée. Pour continuer le chemin, force est de constater que l’eau est trop haute pour passer le gué. Prête à tout, vaillante et téméraire, Ellen prend la tête du convoi et nous entraîne sur la pente de la rive droite pour tenter une incursion et arriver jusqu’au pied du barrage. Nul rocher, nulle ronce, nul tronc couché ne sauront l’arrêter, et nous la suivons sans hésiter. Quel charisme ! Elle parvient même à nous faire tous déchausser pour traverser à deux reprises l’eau gelée qui nous sépare de l’autre rive. Il fallait ça pour contempler de plus près le géant abattu et sa bouche béante.

Mais remettons vite nos chaussettes, Thierry va nous expliquer les différences entre barrage à masse et barrage à voûte. (voir sur cptr le lac de Carcès ;// livre sur la construction du barrage de Malpasset à consulter voir TM).

L’histoire démontre que tout système de vidange peut avoir ses failles, à moins que la faille soit humaine. En réalité un concours de circonstances terribles à contribué à l’événement ravageur de 59 : emplacement du barrage modifié ; pluies fortes les jours précédents ; présence en cet endroit de roches fracturées ; roches gavées d’eau ; infiltration en sous-sol rendue impossible par la pression et l’écrasement des couches souterraines filtrantes ; masse d’eau en quantité dans le lac ; signaux de danger précurseurs mal estimés par les responsables.

Dès lors, le pire arrive : rupture des roches et du barrage par une pression irrésistible ; une vague géante charriant des tonnes de béton s’échappe, dévalant le cours en aval, ravageant tout sur son passage jusqu’à la mer. 423 morts ! une nuit de cauchemar pour les Fréjussiens. Des rescapés témoigneront, marqués à jamais (lire : Régina Wallet : « la nuit de Fréjus »)  Jean Claude nous conte sa propre histoire du drame : comment dans le  train qu’il prenait ce jour là, il a échappé au pire avec une cinquantaine de personnes, regroupés dans la motrice, impuissants, tandis que les autres wagons disparaissaient sous leurs yeux. Des frissons nous parcourent. L’Homme, ingénieux animal, oublierait-il parfois d’estimer la grandeur de la Terre ?

Mais il est temps de reprendre le chemin ! au fait, où est-il ? à l’assaut du versant abrupte, rien ne nous arrête plus dans ce périple audacieux ; nous y montons presque jusqu’aux restes du faîte du barrage, où un éperon déformé sert de promontoire propice aux élans photographiques d ‘Ellen. Elle nous offre ainsi un panorama vertigineux imprenable. De là se dessine une sente incertaine qui bientôt rejoint un énorme boudin couleur de rhyolite. Cet ancien canal( ?) au diamètre impressionnant serpente langoureusement sur la courbe du versant gauche de la rivière, suffisamment en hauteur pour nous donner un point de vue agréable sur la vallée autrefois sinistrée. Nous l’empruntons joyeusement et ce gros vers nous ramène au sud jusqu’au chemin qui redescend au parking.

De là, une visite ultime sur un tronçon d’aqueduc boucle notre promenade dans le vallon de l’apié d’Amic. Il a fallu à nouveau traverser un gué noyé, en sautant de cailloux en branches. Le lierre épais recouvrait les pierres romaines rendues à la sauvagerie du végétal, sans rendre hommage au travail colossal et ingénieux des bâtisseurs d’alors.

Puis, jamais deux sans trois, nous nous déchaussâmes gaiement pour la dernière fois, pour une trempette pédieuse incontournable qui nous garantissait le retour aux voitures.

Journée bien remplie, temps clément, chaleur humaine assurée : tout était au programme, et il n’en fallait pas plus pour combler les 9 pèlerins émérites.

(calcite, pyrite, émérite ??? …de émeri = marcheurs rudes et inusables à l’eau !)


Aucun organisme rencontré lors de cette sortie

Fiche créée le 12/02/2011 à 21:35

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Album photo :


Rosée sur basalte...

Canne de Pline. (Aru

Bardane... Enfin c'e

Acqueduc romain de S

Arches de sénéquier.

Arches de sénéquier.

Entrée du tunnel pro

Tunnel prolongeant l

Basalte.

Panneau et arches.

Texte du panneau.

N'était-ce pas une c

Pour vous situer l'e

Filon de charbon.

On étudie la carte g

Barrage 1

Un morceau de barrag

Buse...

Vaillants géologues

On rechausse!

Barrage 2

Barrage 3

Barrage 4

Cette fois on ne déc

Cette fois on ne déc

Cette fois on ne déc

Etape en eucalyptus.

J'aime trop les lich

La nature reprend se

Microgéode à oxydes

Microgéodes à oxydes

Cristal vert (??) da

Microgéode à cristau

Microgéode à cristau

Arrivée au cimetière

Les strates

Symphonie en bardane

Noir c'est noir!

Filon de calcédoine

Pillow lava.

Cyanobactérie: nosto

Bloc de rhyolite.

En allant vers les a

Idem 2

Idem 3

Sur l'arche.

Explication sur l'ac

D'un certain point d

Cathédrale.

Les doubles arches .

La prêle géante foss

Les traces de sigill

Le cade ne recule de

Panneau au départ du

Le long du Reyran.

Le Reyran et son mir

Les blocs de béton q

Les plis de la roche

Rive droite à traver

Une aventurière au l

Barrage, eau à trave

Rive gauche, les res

Bon! Quand faut y'al

Vous avez dit froide

Effectivement elle d

Mais ça déclenche le

A qui le tour?

J'y vais ou j'y vais

Siphon de trop plein

Après la flotte les

On déchausse puis on

Grimpette rive gauch

Restes de béton rive

Perspective.

La montée est raide,

Marche sur l'ancien

Le gros vers couleur

Le lacet du Reyran e

Une partie de l'aque

Pierre et lierre sur

Coucou Ellen!

La reine de l'arche.

Allez, on rentrera p

Vertus curatives de

Chacun son tour.

Le rouge c'est joli

Carte géologique du

 

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