Cévennes 3ème jour: Menhirs, cascade, grésil et Montcuq...

Le 25/10/2010

A

 l’heure où la lumière répand sur les perles de givre une lumière crue et irisée, nos interrogations angoissées s’adressaient surtout au temps. Le dimanche avait recouvert notre enthousiasme d’un voile de pluie battante et l’examen du ciel fut la préoccupation première de nos adhérents inquiets. Le vent s’était levé pendant la nuit et si les nuages s’effilochaient en longues crinières duveteuses, le plafond restait désespérément opalescent et incertain. La vallée du Tarn dans son entier semblait se tendre nerveusement sous les assauts des bourrasques violentes et glacées qui dévalaient, léchant chaque muraille de pierre, chaque bosquet de pins. Scrutant avec circonspection les nimbes tourmentées, nous vîmes alors, emporté en longs volutes circulaires, un fin saupoudrage de petits grains nacrant la vallée d’un treillis léger et grisâtre. La neige ! La neige piquante et asphyxiante du grésil hivernal…

G

lacé jusqu’au nœud des os, le groupe fut malgré tout bientôt prêt à en découdre. Les crêtes du mont Lozère, dans tous leurs confins de silence, ont des allures de terre de feu et parfois, quand le soleil chamarre l’horizon de teintes ocres et fuligineuses, de terre du Diable. Le plateau du Plo de la Borie, dressant son orgueilleuse crinière depuis la Cham des Bondons jusqu’au col de Montmirat, étranglé de bourrasques polaires et sèches, semblait onduler au rythme des rafales comme un titan secoué de spasmes. Emmitouflés sous d’innombrables épaisseurs de laine, de coton et de fibres polaires, les cadiens luttaient sous le vent glacial, en courbant l’échine et en plissant les yeux afin d’échapper à l’aigre morsure du grésil.

L

es menhirs de la Cham des Bondons piquetaient la plaine rase comme autant de poings dressés hors du temps. L’Histoire surgissait des rocailles et se dressait par dessus les médiocres existences, le passé sans relief et les poussières du quotidien. L’éternité se lisait dans les lignes rugueuses du granite. La pierre des « trois paroisses », épaisse et triomphante, accueillit notre lassitude un court instant, le temps de protéger nos visages des assauts du vent pétillant de glace. Passant non loin d’un dolmen à peine dressé, et dont la table avait disparu, nous eûmes soudain le sentiment fugace d’être nous-mêmes devenus fétus de paille, petits êtres sans destin, étranglés de solitude et d’hébétude, dans cette immensité sans détail. La joie –simple et conviviale - de découvrir des champignons, blottis sous l’humus blanchissant des pins tourmentés, nous remit sur la voie de l’espoir et de la bonne humeur, même si le ciel glapissant et triste s’épaississait de nuages noirs et menaçants. Il fallait avancer, avancer encore, sans se laisser happer par l’horizon lugubre et sans nuance.

A

 

rrivés au village des Combettes, nous retrouvâmes un semblant d’humanité fraternelle et domestique. Le hameau respirait de toutes ses pierres et de toutes ses âmes. Le four banal, ouvert à notre curiosité, permit à chacun de prendre en une inspiration, la sagesse âpre et résolue des siècles passés. Vestiges d’une ferme fortifiée, restes de mâchicoulis, voûte maçonnée antique, les témoignages du passé soufflaient à nos oreilles rougies les sereines mélodies de jadis. Le chemin du retour se fit lentement comme une longue procession de pénitents cherchant dans leur pèlerinage un moyen d’échapper à la pesante désespérance de chaque pas.

 

G

alvanisés par la chaleur des voitures, nous décidâmes de pousser l’aventure jusqu’au bord du ruisseau de Runes en contrebas du village éponyme. La descente vers la cascade était chaotique et les boules de granite, massives et imposantes, présentaient des draperies de mousses et de lichens en dessinant d’improbables cartes de géographie végétales. De la plateforme aménagée, nous pûmes admirer l’impressionnante chute d’eau, à trois ou quatre niveaux et dont les grandes brassées faisait jaillir avec légèreté, un liquide mousseux et nacré qui se répandait sur de vastes tentures végétales d’un vert sombre. Les taillis d’aulnes et de bouleaux aux courbes évanescentes, la poussière d’eau qui moussait dans l’air frais, le tintamarre sucré des perles de pluie qui emplissait le cirque, la fine dentelle des fougères arc-boutées vers l’onde, la frise entière des rochers ruisselants et embrumés du gris de l’automne, tout cela offrait à l’endroit une impression prégnante de nature en subtile déliquescence. Ce lieu donnait la paix. La paix réchauffa les yeux et les cœurs de chacun.

L

e déjeuner fut pris au gîte. L’ambiance était aussi chaleureuse que l’air extérieur était glacé. La douceur des mets, Le moelleux des victuailles et l’abondance des flacons de tout ordre n’avait d’équivalent que celle des sourires et la bienveillance de chacun apporta son comptant de convivialité, de plaisir partagé, de candeur amicale et de joie communautaire. Les desserts, nombreux variés et alléchants remplirent de joie à eux seuls de joie, les plus renfrognés des convives. Une fois les panses bien remplies et les esprits bien disposés, la troupe se remit en route.

A

 

flanc de colline, le groupe, ragaillardi par les moments de bonheur simples que nous avait prodigué le repas, frotta ses semelles aux sentes escarpées d’un chemin forestier sinueux où les pins sylvestres, clairsemés et tortueux, laissèrent bientôt la place à un bois dense et sombre de hêtres et de sapins dont les cimes vertigineuses laissaient présager un âge plus que canonique. Plus que tout autre lieu visité jusqu’alors, la colline de Montcuq ne manqua pas de nous enthousiasmer par le mirifique chatoiement des couleurs de l’automne en cette fin de journée. Le soleil, revenu et désormais presque couché sur l’horizon, prêtait à chaque bois, à chaque prairie et à tous les bosquets  de genêts, un flamboiement merveilleux. Les feuilles, comme des pixels dépareillés sur un écran, et dont les teintes allaient du rouge fuligineux au jaune mordoré, crépitaient de couleurs au rythme des frissonnements du vent. En cette fin d’après-midi, Montcuq semblait s’embraser sous l’emprise d’un peintre mystique et délirant. C’est dans cette brûlante atmosphère de fête de couleurs que nous rejoignîmes les voitures, aveuglés et conquis par la puissante et prodigieuse beauté de la nature cévenole.


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Fiche créée le 06/11/2010 à 08:30

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Album photo :


Menhir

Menhir

Dolmen

Menhirs

Menhirs

Menhir

Cascade de Runes

Four

Le matin à Pont-de-M

Le groupe dans le fr

Mais pourquoi tous c

Le CADE perdu dans l

Menhirs

Pour les amateurs de

Monsieur et Madame C

La cascade de Runes

Pholiotes jolies

Tapis végétal

Un heureux chercheur

Les 4 vaillants déco

Un pin qui a eu bien

Couleurs d'automne

Automne

Oeillet à feuilles d

Bel hôtel...

Rendez-vous au villa

Arrivée sur le plate

Dolmen

Vue monolithique

Cade en visite monol

Monolithes

Surprenant ce préhau

Pierre-Louis s'orien

Cascade en automne..

pholiotes destructri

Vue sur fruit du fus

Pissacan s'enneige!!

Balade autour de Mon

Ambiance

Hêtraie

Au village de Montcu

Champi de Montcuq

Puits de Montcuq

Encore un champi de

Dans un froid glacia

Cosmonaute.

Tout ça pour des men

Eclaircie et tourmen

Descente, froid, ven

Où est Obélix?

Mystique.

Ecran cynorhodontiqu

Salut!

Hameau de

Four banal de dos et

Hélène admire la fam

Lozère belle.

Belle Lozère.

Le bonheur est dans

Brr!! le vent redoub

Au dessus de la casc

Descente vers la cas

On remonte.

Vers Montcuq; ou com

Dans les bois de Het

Quand l'assistance e

Il est beau mon bole

En approchant de Mon

Toponymie appliquée.

Attention danger.

Amicale.

Chemin faisant.

Restaurant le soir à

Au resto l'Adonis de

L'Adonis de Florac.

Pont de Montvers

Cadiens dans le vent

Le hameau des Combet

Effet de rosée

Cascade et arc-en ci

 

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